Aloïs Nebel - Tomás Lunák

Publié le par UniqueMan

Aloïs Nebel, un film clair-obscur.

 

http://bande-annonce.tuxboard.com/affiches-film/alois-nebel-photo-2.jpgLa plupart du temps le cinéma d’animation, c’est chouette, il y a plein de couleurs, c’est fun et rigolo et les enfants aiment beaucoup. Sauf qu’ici, ce n’est pas du tout le cas et les spectateurs visés sont plutôt adultes.

Le film se range "facilement" avec Waking Life et A Scanner Darkly de Richard Linklater avec qui il partage la technique de la rotoscopie qui consiste à redessiner par dessus un film "live" tourné avec des acteurs. Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud pour être lui aussi une adaptation de bande dessinée en noir et blanc ; Valse avec Bachir de Ari Folman et Princesse de Anders Morgenthaler pour le côté film d’auteur graphique ou encore Renaissance de Christian Volckman pour son noir et blanc contrasté très proche du clair-obscur, technique picturale d’ailleurs mis au point à l’époque de la... Renaissance.

Aloïs Nebel est donc, au premier regard, une performance graphique émoustillante, une merveilleuse expérience visuelle d’une beauté rare et subtile qui utilise le noir et blanc avec une densité hypnotisante qui flirte agréablement avec le clair-obscur. Clair-obscur aussi dans son scénario tout aussi brumeux que ses images. C’est le genre de film où être au courant du contexte est pratiquement indispensable pour ne pas se retrouver tout aussi perdu que le personnage principal dans ses souvenirs douloureux.

 

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Aloïs Nebel est au départ une bande dessinée en trois volumes écrite par Jaroslav Rudiš qui s’est inspiré de son grand père cheminot qui a travaillé dans la région des Sudètes et qui s’appelait Aloïs . Son nom de famille "Nebel" signifie brouillard en Allemand et fait référence au climat peu clément de la région, réputée pour être très brumeuse et pour souligner aussi le flou des souvenirs qui perturbent le personnage.

Les Sudètes, c’est le nom que porte les régions frontalières de la Tchécoslovaquie. Ces régions étaient peuplées par une importante population d’ethnies allemandes et pendant la seconde guerre mondiale ce "bout" de territoire fut annexé en échange de la promesse de paix d’Hitler (les accords de Munich). Ce petit bougre à petite moustache viola ces accords six mois plus tard, le 15 mars 1939, en envahissant l’Etat tchécoslovaque affaibli. En 1945, après la défaite allemande, ces populations sudètes sont chassées manu militari. Leurs biens sont confisqués, en échange de quoi, l’Etat tchèque renonce à réclamer des dommages de guerre. On estime qu’environ trois millions de personnes ont ainsi été expulsées et spoliées. La région est encore hantée par ce traumatisme, que la société tchèque n’a toujours pas digéré.

 

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Mais c’est bien des années plus tard (en 1989) que se déroule l’action du film même si les fantômes du passé ne sont jamais vraiment très loin. A cette époque le régime communiste est faible et se fait renversé pacifiquement (La révolution de velours). Vaclav Havel est nommé Président de la République Tchèque ! Tout ceci n’est pas évoqué dans le film. En tout cas, pas clairement, simplement quelques communications radios en bruit de fond. Autant dire qu’il n’est pas aisé de comprendre le contexte de l’action sans un minimum de connaissance historique.

Finalement, après avoir cherché à en apprendre plus, je me dis que le cinéaste a volontairement fait l’impasse sur ces "détails" historiques pour nous plonger au plus près de la solitude brumeuse du personnage principal qui semble perdu face à l’évolution politique de son pays. Lui, n’a rien demandé mais il est obligé de vivre dans ce climat morose à la limite de la paranoïa. Ce film est fort et talentueux mais un peu dur à avaler ! Rien que pour l’ambiance sombre, mystérieuse et tendue ainsi que pour son visuel à couper le souffle, il vaut la peine d’être explorer.

 

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Aloïs Nebel, c’est du spleen d’après guerre brumeux et clair-obscur. Un film neurasthénique qui brille par sa magnifique plastique mais un soupçon soporifique à ne pas voir sous narcotique !

Moi maintenant, je veux voir l’adaptation de la bd Black Hole de Charles Burns avec ce même traitement graphique ! En attendant, je vous propose de visionner le trailer vostf juste ci-dessous et de vous ruer dans les salles tant qu’il en ai encore temps. (Découvrez aussi plus d’image dans ce trailer VO)

 

Critique rédigée pour le site cinevenement.com

Publié dans Critique sur un film

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