L'Ordre et la morale - Mathieu Kassovitz

Publié le par UniqueMan

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/79/42/69/19821550.jpgLe réalisateur de La Haine et des Rivières Pourpres s’était embourbé chez nos amis de l’ouest avec le moyen Gothika et surtout l’improbable Babylon A.D. Une expérience visiblement douloureuse que vous pouvez voir dans le making-of pas très corporate « Fucking Kassovitz »(1), un document instructif assez proche d’un Lost In La Mancha de Terry Gilliam . Une expérience douloureuse mais qui a sûrement participer à faire de L’Ordre et la morale son film le plus abouti. Parce-que oui, ce dernier est une pure réussite autant sur la forme que sur le fond, même si le côté un soupçon manichéen est discutable. Les images sont fortes, le sujet aussi et la mise en scène sublime le tout. Kassovitz retrouve la rage qu’il avait dans La Haine en y ajoutant tout son savoir faire actuel et nous livre son Apocalypse Now à lui. Il ouvre enfin son point de vue en essayant de rester neutre sur ce fait divers sordide (l’affaire de la grotte d’Ouvéa), même si inévitablement il finit par tirer à boulets rouges sur les politiques et les militaires (à raison !). Le film raconte donc comment une prise d’otages (30 gendarmes retenus par un groupe d’indépendantiste Kanak) a basculé au drame à cause des dirigeants politiques de l’époque plus occupés à s’envoyer des fions en campagne électorale plutôt que de s’occuper concrètement des problèmes en cours.

 

La bande son est impressionnante ! Avec un tel sujet, il était aisé d’en faire des tonnes en ajoutant des violons sur les scènes dramatiques mais le film ne bascule jamais dans le pathos lourdingue et mélodramatique. La musique principalement interprétée par les Tambours du Bronx y est sans doute pour beaucoup. Les propos sont renforcés et le film y gagne en intensité. L’image elle aussi est sobre ! Les quelques plans séquences incroyables ne sont là que pour immerger encore plus le spectateur dans l’histoire. Tout ça est terriblement efficace et donne à certains passages une émotion puissante !

http://www.tajeunesse.com/images/2011/06/Lordre-et-la-Morale.jpg

Kassovitz qui dérange est donc de retour mais maintenant il bouleverse grâce à la qualité de sa mise en scène. Les références cinématographiques sont évidentes : Apocalypse Now (il y a même une scène ou le personnage regarde un ventilateur de plafond avec le bruit des hélicoptères), La Ligne Rouge ou encore Full Metal Jacket pour le côté absurde de la situation qui ne fait que dégénérer inexorablement. Il est peut-être prétentieux que de se frotter à ces 3 films de guerre cultes mais bon, comme nous disait ce cher Alexandre Astier en bonus dans un dvd de Kaamelott « Si on peut péter plus haut que son cul pourquoi se gêner ? ». Mathieu Kassovitz donne l’impression de donner tout ce qu’il a ! Une rage de filmer qu’il met au service d’une histoire et d’un peuple opprimé pendant des années. Il se donne par la même occasion le « bon » rôle (le principal) qui le représente assez bien dans sa démarche de réalisateur. Un homme qui essaye coûte que coûte de faire de son mieux pour arranger les choses mais à qui la situation échappe ; scénario qui ressemble étrangement à ce qu’il a vécu sur le tournage de Babylon A.D..

 

L’Ordre est la morale est une sorte de synthèse de la filmographie de son auteur avec son côté politiquement engagé, sa rage de filmer tout en exorcisant ses démons personnels. Un sujet fort et sensible traité frontalement qui évite de sombrer dans le mélodrame pleurnichard. Un film à voir !

Vous pouvez visionner un making-of de L’Ordre et la morale (2) juste ci-dessous. Ce document (passionnant) s’attarde plus sur la façon de faire le film que l’intrigue en elle même. Vous n’êtes donc pas obligé de voir L’Ordre et la morale avant mais personnellement je vous le conseille tout de même. Enjoy !

 

 (1) FUCKING KASSOVITZ


 
(2) MAKING-OF DE L'ORDRE ET LA MORALE

Publié dans Critique sur un film

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